Dommage Morray : Oxmo ft. Baudelaire

Dommage Morray : Oxmo ft. Baudelaire

Les Lyrics d'Oxmo : 

 

Soleil du nord

 

Ici Paris, il est tard, le bitume reflète les phares
Au bas du thermostat on bronze à la carte postale
Longtemps pendant mon jeune âge
Je pensais que l’'usine faisait les nuages
L'’eau potable est-elle cancéreuse ?
Les nuits d’hôpital deviendraient coûteuses
Ils disent qu'’en ville on aime pas parler,
Qu'’ils viennent vivre à mille au mètre carré
chacun son cube, y vieillir, dans les tentacules de la solitude
Soleil du nord, soleil du nord,
Soleil du nord quand au deuxième semestre,
Le mauvais temps insiste et le clown se défenestre

Encore un jour sans ombre
Quand l’'astre est à son zénith
Ma ville un tissu cousu de périphériques
Le printemps nous transforme en sauvages
Au premier rayon on plonge sans plage
On attend l’'été pour s’'entasser chez les autres
Ces gens du sud à l’'accent chaud,


On ne partage pas les mêmes horizons
Pour vivre les vôtres nous cotisons
J’'voudrais vous y voir à courir les bidonvilles
Rêvant de tours d'’ivoires où élever ta fille
Soleil du nord, soleil du nord
Famille nombreuse avec un seul salaire
C’'est voir la mère à vingt ans et dix-neuf étés de galère

L'’hiver dure trois saisons
Quarante ans de crédit la belle maison
Chaque semaine grossit le jackpot
Les temps durcissent
Les copains n'’ont plus de clopes
Coincés dans d'’horribles jeans
Entre l’'avenir et nos origines
Au fond, ça va dans l'’hexagone
On cherche les ficelles, tire sur la corde
On se passe de conseils

Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil….

Les Lyrics de Charles Baudelaire :

 

Spleen LXXVIII

 

Quand le ciel bas et lourd pèse comme un couvercle
Sur l'esprit gémissant en proie aux longs ennuis,
Et que l'horizon embrassant tout le cercle
Il nous verse un jour noir plus triste que les nuits;

Quand la terre est changée en un cachot humide;
Où l'Espérance, comme une chauve-souris,
S'en va battant les murs de son aile timide
Et se cognant la tête à des plafonds pourris;

Quand la pluie étalant ses immenses traînées
D'une vaste prison imite les barreaux,
Et qu'un peuple muet d'infâmes araignées
Vient tendre ses filets au fond de nos cerveaux,

Des cloches tout à coup sautent avec furie
Et lancent vers le ciel un affreux hurlement,
Ainsi que des esprits errants et sans patrie
Qui se mettent à geindre opiniâtrement.

- Et de longs corbillards, sans tambour, ni musique,
Défilent lentement dans mon âme; l'Espoir,
Vaincu, pleure, et l'Angoisse atroce, despotique,
Sur mon crâne incliné plante son drapeau noir.

L'anecdote Dommage :

 

Les deux MCs, visiblement en manque de farniente, ont plus de choses en commun qu'il n'y paraît. Au-delà des thèmes de l'ennui, du mauvais temps et de la solitude, il faut rappeler que Les Fleurs du Mal est un des livres de chevet du rappeur parisien. La Fouine cite du Jenna Lee, Oxmo puise dans le symboliste le plus sûr du 19ème,  Dommage. 

 

 

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